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    Journée Pierre Michon

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    Journée d'Etudes "L'écriture du sacré dans l'oeuvre de Pierre Michon"

    Le 9 avril 2014

    La journée d'étude "L'écriture du sacré dans l'oeuvre de Pierre Michon", organisée par Carole Auroy et Marie-Eve Benoteau-Alexandre, aura lieu le mercredi 9 avril 2014, à la MSH, salle Frida Kahlo.

     

    Pour télécharger le programme de la journée

     

    À l’évidence, Pierre Michon éprouve une certaine fascination pour les premiers temps du christianisme : L’Empereur d’Occident (1989), Mythologies d’hiver (1997) ou encore Abbés (2002) mettent en scène un christianisme fruste sur fond de paganisme ou d’hérésie arienne. C’est là que, sous une forme souvent violente, trouve à se dire l’affrontement de l’homme à la transcendance. Mais cette thématique ne se limite pas aux quelques textes cités. Il y a en effet toujours tension, chez Michon, entre le sacré et sa négation, entre la verticalité absolue de la transcendance et l’horizontalité souvent mouvante, désenchantée, d’un monde trop humain. Chez cet auteur se disant athée – mais jamais sans une hésitation –, le sacré est d’abord présent sous les espèces du christianisme, et plus particulièrement du catholicisme : ses images et ses dogmes (résurrection de la chair, corps glorieux, relations entre le Père et le Fils, etc.) nourrissent l’imaginaire michonien, tandis que la Bible figure une source d’inspiration importante.

    À certains égards – et Michon le reconnaît lui-même –, le sacré représente une sorte de moteur pour son écriture : cœur de l’expérience humaine, il a maille à partir avec la profération de la parole, comme le montrent les exemples de Hugues dans Abbés ou de l’abbé Bandy dans Vies minuscules, mais aussi avec l’écriture elle-même, ainsi qu’on peut le voir dans les divers textes de Mythologies d’hiver gravitant autour du personnage d’Énimie. Dans un entretien, Michon explique le rôle indispensable que jouent dans son écriture comme pour la littérature en général les mots-clés du sacré : « Ce n’est pas le sens de ces concepts qui est important, c’est le fait que par leur profération, par leur aspiration vide, ils relancent les mots-forces, en amplifient la résonance, décuplent leur puissance émotionnelle. C’est comme le retour des sons à la rime. Ces mots creux comme des tambours ont fait rebondir la littérature occidentale depuis qu’elle existe. C’est quelque chose qui marche bien, quelque chose dont la prose ne peut se passer [1]. »


    Cette journée d'étude se propose donc d'aborder plusieurs pistes :

    1. « La Bible est mon pays ». Dans cet entretien [2], Michon esquisse un rapide inventaire des textes bibliques qui ont le plus influencé son œuvre. Outre ce qu’il y relève, quels sont les épisodes ou les citations repérables dans l’œuvre ? Sous quelle forme sont-ils présents (citation, allusion, récit) et quel traitement leur est réservé ?
    2. Le sacré et la littérature. Michon, dans Le Roi vient quand il veut, lie explicitement le sacré et l’engendrement de la littérature. Mais, tel qu’il se donne à lire dans l’œuvre, leur rapport semble loin d’être irénique : subversion, dérision, voire négation sont d’autres facettes de cette relation ambiguë. Comment qualifier cette relation et en quoi peut-on avancer qu’il s’agit d’un paradigme central pour l’œuvre de Michon ?
    3. Rivaliser avec le texte sacré. Dans quelle mesure les textes sacrés du christianisme, bibliques ou liturgiques servent-ils de matrice à l’écriture michonienne ? Les textes sacrés, dans le discours critique de Michon, font en effet figure d’archétype dont la littérature serait comme une version dégradée. « La littérature est une forme déchue de la prière, la prière d’un monde sans Dieu [3] », affirme Michon, qui parle ailleurs de « liturgie du texte [4] ». La question mérite d’être envisagée dans une perspective stylistique, mais également sous l’angle poétique puisque, dans « La Bible est mon pays », Michon pose deux critères poétiques : d’une part, la Bible se singularise par sa puissance d’énonciation et la réquisition d’une interlocution [5] ; d’autre part, reprenant les analyses d’Auerbach, Michon pose la supériorité de la Bible sur L’Iliade en termes poétiques : l’une serait « verticale » tandis que l’autre se cantonnerait dans une « narration horizontale où tout se vaut [6]. »

     

    [1] « Je ne suis pas ce que j’écris » [propos publiés dans Scherzo, n° 5, oct. 1998], Le Roi vient quand il veut, Albin Michel, 2007, rééd. Livre de Poche, 2010, p. 182.

    [2] « La Bible est mon pays » [entretien avec Pierre-Marc de Biasi, publié dans Le Magazine littéraire, n° 448, déc. 2005], Le Roi vient quand il veut, op. cit., p. 324-332.

    [3] « Une forme déchue de la prière », Le Roi vient quand il veut, op. cit.,p. 30.

    [4] « Je ne suis pas ce que j’écris », art. cit., p. 181.

    [5] « La Bible est mon pays », art. cit., p. 329.

    [6] Ibid, p. 327.